J moins quelques heures

J moins quelques heures

Marseille – Dimanche 10 mai 2020 – 16h15

 

 

Salut !

Voici la dernière page de ce carnet de confinement. Enfin, si tout se passe bien. Si on ne nous reconfine pas dans trois semaines. Pas de blague. Ca suffit.

Quoique.

Perso, à part retrouver mes heures de cours, le reste ne va pas trop changer. J’aurai juste moins de temps pour écrire et ça, c’est plutôt quelque chose qui me chagrine, je m’étais totalement faite à cette routine quotidienne de quatre à six heures par jour, plongée dans les affres de la création et de la fiction…

J’espère que vous, vous vous réjouissez de la semi-liberté qu’on nous accorde pour l’instant. Alors, continuez à prendre bien soin de vous, je tiens à vous retrouver en bonne et due forme dans ma rubrique Humeur du jour dans les temps à venir.

Et pour finir cette période en mode littérature, pendant qu’une petite pluie arrose notre cité, je vous envoie une nouvelle nouvelle de ma plume légèèère et ssspirituelle, juste après ces quelques mots.

Enjoy !

 

A bientôt.

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ILLUSION

Illusion

 

La lune, froide et pâle, blanche dame au cœur de cristal glacé, froisse des ombres pressées, fugitives, fragiles. La lune ronde, statique, sans fièvre et sans chagrin est inhumaine.

Sous la lune pleine, je la regarde passer encore une fois : elle est mince, presque frêle et semble frissonner lorsque, dans la chaleur de ma pièce, je la guette derrière les rideaux gris.

Elle passe simplement, droite dans un grand manteau blanc, les mains frileusement jointes dans des mitaines claires, la tête légèrement courbée vers l’avant, les yeux baissés, fixés au sol, invisibles. Je la regarde.

J’ignore d’où elle vient, où elle se rend, mais chaque soir, depuis bien longtemps déjà, je l’attends. Avec impatience avant l’heure, avec angoisse, si elle attrape quelque retard.

Et si un soir, elle ne passait pas ?

Et si elle ne passait plus jamais ensuite ?

Non, impossible. Elle va toujours de son allure tranquille, régulière, indifférente, et je l’attends, même si jamais elle n’a tourné son visage lisse et impénétrable dans la direction de ma fenêtre illuminée.

À quoi pense-t-elle dans le froid, derrière son front hautain, noble, pur ?

Certainement pas à moi.

Ne sourit-elle jamais, ne chante-t-elle pas pour égayer sa paisible foulée dans la nuit, ne lève-t-elle jamais le regard de son droit chemin ?

Je ne la connais pas. Je la regarde seulement passer comme un songe, une ombre, un fantasme. Inaudible, insaisissable, incolore. Je la regarde passer comme une douloureuse illusion.

Elle passe.

Sa vie est ailleurs. Je ne sais rien d’elle. Pour moi, elle est cette silhouette fine et élancée, qui existe juste le temps de quelques secondes, chaque soir, dans ce chemin creux de campagne désolée. Rien d’autre. Elle fait partie de ce paysage fantomatique, de mes jours, de mes nuits, sans savoir qui je suis, sans conscience de mon existence.

Ses jours, ses nuits se déroulent sans doute bien loin de moi, auprès de quelque parent ou de quelque ami. Nous ne devons pas avoir beaucoup de points en commun.

Quel est le son de sa voix ? Quelle est la profondeur, la couleur de ses yeux ? Comment se plissent ses lèvres lorsqu’elle sourit ? Quels gestes tendres fait-elle en amour ?

Qui est-elle ? Où va-t-elle ? Femme superbe, mystérieuse, dont j’imagine le parfum de lys, ne t’arrêteras-tu pas un soir, là, juste devant ma maison ?

D’où vient-elle ? Je ne la vois jamais passer en sens inverse… Prend-elle une autre route au retour, invisible de moi, ou d’autres peuvent aussi la suivre du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse, imperturbable, sans se retourner ?

Quelle serait sa réaction si elle prenait conscience de mon attente assidue ? S’indignerait-elle de cette surveillance insensée ? Détournerait-elle la tête, dédaigneuse, sans un mot ? S’enfuirait-elle ? Rirait-elle de ces questions ?

Comment l’atteindre ? Comment ne pas l’effrayer alors même que je l’aborderais ?

Comment l’appeler ? Madame, mademoiselle ? Juliette, Louise, Clarisse ? M’entendrait-elle seulement ?

Je me sens si ridicule au milieu de ces points d’interrogation. Se mettre dans de tels états pour une parfaite inconnue ! Est-ce pour cette raison qu’elle est si parfaite ? Puisque inconnue… Déchanterais-je si je faisais réellement sa connaissance ? Pourtant, je ne pense qu’à ça.

Comment résister à l’attrait de cette femme unique et lumineuse, soir après soir, du fond de mon fauteuil de paralytique, de mon dénuement, de ma morne solitude ? Elle est un phare dans mon océan personnel, le seul point de repère concret et stimulant de mes journées moroses.

Comment ne pas imaginer, espérer, que, bientôt, elle arrêtera sa course dont je ne connais pas le but, juste à ma hauteur, qu’elle dirigera enfin le velours de son regard sur l’aridité de ma vie, qu’elle sourira, et ouvrira sa bouche aux lèvres charnues, pour dire, la première fois:

– Bonsoir… Comment allez-vous ?

Mon attente est incertaine, vaine.

Mais mon dieu, quelle heure est-il ?

Il est l’heure ! C’est son heure, j’ai presque failli l’oublier à écrire toutes ces inepties ! Elle va arriver, emmitouflée et secrète, comme à son habitude…

Pourvu qu’elle passe ! Qu’elle passe encore longtemps, toujours, dans l’immobilité nocturne que seuls troublent son pas léger et assuré, la buée vaporeuse que souffle sa bouche entrouverte, et mes regards indiscrets, passionnés, enflammés par le désir et la honte, qui l’escortent inlassablement, sans même, hélas, altérer sa marche sereine…

 

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J -6

J-6

Marseille – Lundi 4 mai 2020 – 16h45

 

Hello !

Je ne suis ni morte ni malade et je m’en réjouis, mais comme j’ai eu quelques messages d’inquiétude – et merci aux personnes qui ont pris de mes nouvelles d’ailleurs, c’est cute – ces derniers jours au sujet de mon silence prolongé sur ce blog – 3 semaines je crois, en même temps elles sont passées si vite – me revoilà lala, pour vous dire que non, je ne vous ai pas oubliés mes chères lectrices, mes chers lecteurs, mais je vous ai zappés, j’avoue. Prise par mon travail de correction pour mon prochain roman, je m’acharne, me concentre, et termine souvent ma journée tard, avec une seule envie : éteindre l’ordi, ne plus penser, me sustenter, regarder un film qui me sort de mes propres fictions. C’est donc ce que je fais quotidiennement et, deal réussi, puisque j’ai terminé hier soir la grosse session de correction que je m’étais donné à exécuter avant la fin du grrmblhconfinement.

Pour me rattraper, je vous glisserai une nouvelle plus longue que les précédentes à la suite de cet article.

Sinon ? Ha, bien sûr, le déconfinement. Hum. Bah ça va être comme le confinement : un grand n’importe quoi en attendant que ça se tasse. Mais retrouver la liberté de sortir sans contrainte d’horaire me réjouit cependant. Armée de mon masque fait maison dans un vieux jean (ouais, la classe à Dallas, j’ai sorti le fil et l’aiguille la semaine dernière, j’en avais marre du faux truc, fabriqué à la hâte avec un slip de maillot de bain (propre) de l’an passé, sur la tronche…) et de mon flacon de gel antitout, je vais à nouveau pouvoir parcourir mes petits coins phocéens préférés sans regarder l’heure, sans me demander si j’ai bien pris mon attestation, c’est déjà ça. En attendant de pouvoir franchir en tégévé les cent bornes imposées pour retrouver quelques temps mes pénates parisiens et ma famille…

J’espère que tout le monde est en bonne santé, avec un moral performant, malgré la confusion de cette période que nous n’aurions jamais imaginé vivre… Nous allons bientôt pouvoir nous recroiser et boire le verre bien rempli de l’amitié, pour ceux qui sont dans le quartier. Youpeee !

Aller hop, je me remets à une Nième session de correction, la cinquième si je compte bien, mais avec les couches que j’ai déjà posées, le travail s’allège petit à petit et je vais de plus en plus vite, tel Bip-Bip poursuivi par Coyotte. D’où ça sort cette comparaison ? Pas très balzacien en tout cas. Mouais. Aller, je la laisse.

A demain ? Enfin, à plus tard…

 

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La Comtesse Sophie

La Comtesse Sophie

 

 

 

A notre entrée dans le bar, elle se trouvait là, assise à une table ronde, seule, plongée dans un livre aux pages jaunies. Elle leva les yeux sur notre arrivée bruyante et me considéra un peu plus singulièrement que les autres, suffisamment pour me mettre aussitôt la tête à l’envers. Je trébuchai alors dans le pied d’une chaise mal rangée, puis marmonnai un pardon destiné au vide, pour parvenir au comptoir presque machinalement en me retournant dangereusement vers elle deux ou trois fois.

Belle, si belle ! Que faisait-elle, si belle, assise seule par un glacial dimanche après-midi, dans un café sans distinction, en pleine campagne beauceronne ?

En dehors de la serveuse, elle était l’unique femme présente. Le reste de la clientèle, des types de tous âges, pas très clairs, la reluquaient par moments de derrière leur demi-pression, en ricanant.

Radieuse, éclatante, royale, elle restait indifférente. J’eus sur-le-champ envie de me prosterner à ses pieds gainés par le cuir noir de bottines lacées à l’ancienne et de vénérer l’ourlet dentelé de ses jupons blancs, ainsi que ses fines mains baguées d’or ciselé.

Que faisait-elle là ?

Elle buvait un chocolat chaud à toutes petites gorgées, sans lâcher sa lecture. Elle ne nous prêtait plus aucune attention. Pourtant, nous étions quatre agités, joyeux citadins tapageurs et incongrus débarqués au beau milieu de ce morne dimanche provincial.

Après une grande virée à cheval dans des chemins sans fin, nous avions eu un terrible besoin de nous réchauffer avant de rentrer chez nous. Depuis le matin de cette journée de mi-avril, un vent effroyable soufflait ; avec la nuit qui tombait, il semblait redoubler d’efforts. Nous commandâmes quatre double-whiskies.

J’avalai le mien comme un verre d’eau, puis un autre. Je me sentis alors dans une forme exceptionnelle et me mis à parler bien trop haut. Quelques types me jetèrent des regards noirs, tandis que la serveuse, bigleuse côté gauche, se lança dans une série d’œillades appuyées à mon égard, croyant sans doute que je voulais retenir son attention avec mes rodomontades éthyliques. Elle envoya même balader un des lourdauds présents après qu’il lui eut lancé «Yvonne, un ballon, magne-toi ! » pour me servir un troisième verre.

Mes trois compagnons étaient ce qu’il est courant d’appeler mes meilleurs amis. Nous consacrions un week-end par mois à nous rassembler entre hommes, histoire de. Ils étaient tous trois mariés, dont deux pour la seconde fois, et entretenaient chacun une petite aventure extra-conjugale, gérant épouses, enfants, maîtresses, travail et finances avec une légèreté surprenante. Nous avions fait nos études universitaires de droit ensemble et monté un cabinet d’affaires internationales par la suite.

J’étais donc le seul célibataire du groupe. De rares aventures très courtes et très insatisfaisantes avaient jalonné ma vie. Jamais je n’avais eu envie de m’engager à long terme. Agé de trente et un ans, je me disais que j’avais encore bien du temps.

Mais ce dimanche-là, la jeune femme au livre fit pulser mon cœur et mon cerveau dans une dimension encore inconnue. Je tentai, par de pauvres moyens je l’avoue, de susciter sa curiosité, sans succès. Elle était imperturbable, penchée vers ses pages ou la gorge renversée pour avaler un peu de chocolat. Je la voyais de profil, à travers de longues mèches souples de cheveux au miel. Son haut front lisse surmontait de grands sourcils bruns et un nez court, légèrement bombé. Elle gardait la bouche entrouverte, comme pour mieux absorber ce qu’elle lisait.

Mes amis, englués dans leur whisky et une discussion incertaine sur la route la plus courte à prendre pour rallier Paris, ne semblèrent pas la remarquer, ce dont je me réjouis.

Avec des interventions de plus en plus minables pour tenter de la détourner de sa lecture, je me trouvai vite lamentable sans pour autant réussir à m’arrêter. Je désespérais de l’attention de cette femme énigmatique…

Après trois quarts d’heure et un quatrième whisky pour moi, la belle décida de quitter l’endroit. Elle ferma lentement son livre après y avoir déposé un marque-page en ivoire ajouré, posa quelques pièces de monnaie sur le marbre de la table, se leva et s’enferma dans une large cape sombre à capuche. Sans se retourner, ni prononcer un mot, elle marcha vers la porte de sortie qu’elle ouvrit d’un geste vif, dans un bruissement feutré de tissu lourd. Sa chevelure voleta ; elle enfila sa capuche, fit quelques pas au dehors, tourna sur sa droite et disparut.

Pendant ce temps, je m’étais tu. Les trois autres pataugeaient de plus en plus dans leurs évaluations kilométriques. En quelques secondes je jetai deux billets sur le comptoir en direction de la serveuse, attrapai mon blouson chiffonné sur un tabouret et marmonnai un rapide message à mes amis:

– Les gars, j’y vais, je viens de me rappeler un truc urgent, m’attendez pas pour rentrer, je prends ma caisse, gardez l’autre, je vous appelle demain ou alors on se voit, ciao !

Incohérent et agité, je n’avais plus qu’une idée : sortir de ce bouge et rattraper mon inconnue envolée. Je fis un brusque démarrage, titubant sous l’œil ébahi de tout le monde, et me retrouvai dehors, dans la bourrasque glaciale, ce qui eut le don de me dessaouler immédiatement.

Je vis une ombre flottante disparaître à quelques mètres dans une rue transversale. Tout en remontant ma fermeture Eclair, j’adoptai un petit pas de course, les oreilles déchirées par le vent aux soupirs monstrueux. Quand j’atteignis le tournant de la rue, je la vis à nouveau. Elle marchait lentement, sans paraître se soucier de se mettre au plus vite à l’abri des assauts furieux de la bise. Je crus entendre un rire, son rire, curieusement grave et joyeux. Mais comment aurais-je pu entendre quoi que ce soit au milieu de ces courants d’air tourmentés ? Je ne percevais même pas les battements de mon cœur que je sentais pourtant cogner au-delà de mes côtes.

Je m’arrêtai, la laissant gagner un peu de distance. Elle stoppa à son tour peu de temps après, fouilla à l’intérieur de sa cape et se tourna vers une grande porte cochère dont elle entreprit la serrure. Je m’approchai. Un peu plus haut, un pâle luminaire éclairait la rue. Trois ou quatre mètres me séparaient de la silhouette emmitouflée. Je ne désirais pas l’effrayer. Confus, indécis, je m’arrêtai à nouveau. C’est alors que d’une voix douce et incroyablement sonore elle me dit :

– Quand j’en aurai terminé avec cette fichue vieille porte, vous pourrez entrer avec moi et me raconter ce qui vous amène, jeune homme !

Muet, immobile par peur de me montrer maladroit, j’attendis dans son ombre l’issue de son combat contre la serrure. La porte s’ouvrit enfin dans une plainte de bois craquant et de gonds fatigués. Elle me précéda en faisant de grands gestes avec ses bras comme pour chasser de la poussière ou une toile d’araignée. Puis d’un signe de tête, elle m’invita à la suivre. Je pénétrai dans une vaste cour dont je ne vis que les obscurs contours et trébuchai sur des pavés dessertis. Dans le fond nous attendait la masse plus sombre d’une grande demeure. Elle me prit soudain par la main, prévenante :

– Attention où vous posez les pieds, c’est plein de pièges ici !

La maison, une sorte de manoir début du siècle, aux murs recouverts de crépi et de briquettes, semblait assoupie derrière ses persiennes closes. La jeune femme chercha une autre clé sur son trousseau et batailla à nouveau avec une serrure rebelle, en grommelant dans un rire :

– Ha, c’est joli les vieilleries, mais pour ce qui est de les faire fonctionner, il vaut mieux s’y prendre à l’avance ! Dans le noir, c’est pire que tout, je n’y vois pas grand-chose, et j’ignore où est passée la lampe-tempête que j’ai laissée là la dernière fois…

Mais cette porte finit par céder aussi et nous entrâmes. Elle claqua le vantail derrière nous et je l’entendis s’éloigner d’un pas assuré dans des ténèbres totales, pendant que je restai à ma place, aveugle et toujours aussi muet.

– Ne bougez pas, je vais chercher des chandelles !

Je tatônnai sur le mur le plus proche de moi et finis par trouver une série de commutateurs. Je les actionnai un par un en vain. Pas de courant. Avait-elle oublié de payer la dernière facture ? Ou les plombs avaient-ils sauté plus tôt ce dimanche, sans qu’elle ait de quoi les remplacer ? D’accord, pour l’éclairage, nous prendrions l’option bougie. Quoi de plus romantique ? Mais pour le chauffage ? L’atmosphère était glaçante, froide et humide, traversée par de sournois courants d’air sifflants.

Elle mit longtemps à revenir. Je l’entendis monter un escalier en pierre, marcher à l’étage supérieur, faire tomber un objet lourd et redescendre l’escalier pour revenir vers moi munie d’un chandelier en bronze à cinq branches, dans lesquelles se consumaient des bougies de hauteurs inégales. Elle souriait, auréolée par l’or roux de ses cheveux, la lumière et l’ombre accentuant les pleins et les déliés de son charmant visage. Une buée légère se formait devant sa bouche et son nez, au rythme de son souffle. Les profondeurs vertes de ses yeux reflétaient les petites flammes vacillantes. J’étais impressionné comme jamais auparavant par quoi ou qui que ce fut dans mon existence. Et loin de moi étaient mes envies de fanfaronnades de comptoir de l’heure précédente !

Elle se tint devant moi pendant quelques instants, le bras chargé du chandelier écarté de son corps. Je ne sentais plus le froid régnant. Il n’y avait plus que son regard vert, vert jade, vert émeraude, gris-vert, vert comme la mer, de toutes les nuances de vert, son regard tranquille et amusé dans le mien, et son grand corps souple et mince, délesté de la pesante cape et vêtu d’une robe en velours grenat très simple, tout près du mien.

Je fis un pas hésitant vers elle. Ma veste frôla les boutons de sa robe. Les vapeurs de nos respirations se mêlèrent. Je déglutis, paniqué et ravi, et elle me tendit ses lèvres de satin en se haussant sur la pointe des pieds. Nos bouches fermées et tendres l’une contre l’autre étaient le seul point de contact entre nos corps, chaste baiser dévastateur long comme une aube de juin. J’allais m’y perdre lorsqu’elle se retira pour se saisir une seconde fois de ma main et m’entraîner derrière elle dans une enfilade de pièces où naviguaient les ombres fantomatiques de meubles recouverts de draps blancs, puis dans un escalier monumental où nos pas résonnèrent dans un triple écho, et enfin dans un long couloir flanqué de portes fermées, jusqu’à ce que nous atteignîmes la dernière, entrouverte. Derrière s’étendait une vaste pièce cloisonnée par des pans de voile transparent, éclairée par un feu de cheminée exubérant et des dizaines de bouts de chandelles plantés dans des bougeoirs désassortis.

Ma mystérieuse compagne posa son chandelier sur le manteau de la cheminée, se retourna vers moi et me  tendit les bras. Je m’y précipitai et me retrouvai dans la tiédeur de son étreinte et la chaleur du feu.

Elle n’avait rien d’une femme facile. Pourtant elle m’accueillait chez elle et s’offrait à moi spontanément, alors qu’elle m’avait à peine regardé dans le café ! Le plus étrange était que j’acceptais cette suite d’évènements comme si notre rencontre était inscrite sur les tablettes du destin, logique, évidente. Je ne connaissais pas encore son prénom et là, contre elle, devant sa gorge nue déployée et sa poitrine gonflée par l’émotion, mon esprit dérouté cessa définitivement de s’interroger.

Elle me sourit, baissa les yeux, les releva et pencha sa tête de côté.

– Pouvez-vous maintenant me dire ce qui vous amène ?

– Vous savez pourquoi je suis là… Vous m’avez ensorcelé ! Il me semble vous avoir toujours connue. Ou bien… Vous venez de sortir de mes rêves et je vous reconnais…

– J’ai oublié le temps et le monde à vous attendre… Je m’appelle Sophie, je suis une sorcière, vous l’avez deviné !

Elle rit, friponne. Elle aurait pu me déclarer être une goule ou un succube, je n’aurais pas bougé.

Elle se dévêtit complètement, très lentement. Son parfum envahit la pièce. Elle avait la peau blanche des brunes en hiver, crémeuse, compacte, le soleil à fleur de derme, et lisse, et douce, plus douce que tout au monde. Mince et solide, son corps alliait la délicatesse et la force, la féminité et l’assurance, la sensualité et l’énergie. Rien ne m’a jamais paru plus somptueux, plus glorieux, plus éclatant.

Le feu dorait sa chevelure. Elle ôta deux épingles invisibles sur le haut de son crâne et ses boucles libres cascadèrent jusqu’à la chute de ses reins creusés par ma caresse. Ensuite, elle me déshabilla et me conduisit dans un recoin où un grand tub, empli d’une eau étonnamment chaude, luisait doucement. Nous y prîmes un long bain, pendant lequel je parcourus une première fois sa chair du bout de mes doigts enduits de savon. Nous nous séchâmes dans le même grand drap blanc. L’air tiédissait sur nos nudités. Je la soulevai fébrilement dans mes bras pour la déposer sur le haut lit à baldaquins recouvert par de gros édredons aux couleurs fanées.

Elle se donna à moi sans retenue, tremblante, les cheveux emmêlés sur les oreillers clairs. Je la pris tendrement puis furieusement, comme une première ou une dernière fois, longtemps, loin. Elle fut éblouissante. La magie de notre union dépassait tous les sommets rêvés de la volupté et du plaisir. Notre entente connaissait une profondeur et une qualité rares. Je ne me rassasiai pas d’elle. Je trouvais en moi une ardeur prodigieuse, inconnue. La fatigue n’existait plus, le temps non plus. Tout était aboli en dehors de nous, de notre harmonie. Notre jouissance était un chant suspendu au milieu d’un univers vierge, infini, étale, pur. Nous flottions sur des ondes divines, dont la source ne voulait pas tarir…

Lorsqu’elle finit par s’endormir, la tête sur ma poitrine, le visage calme et le corps alangui, la nuit givrait à travers les lattes des persiennes sous une pleine lune énorme et pâle. Le vent ne mugissait plus qu’à peine. J’enroulai les édredons autour de nous, rejetant les draps humides de nos transpirations et de son sang virginal. J’écoutais son souffle tranquille et régulier dans la nuit blanche. Je n’avais plus de pensée que pour elle. Je me la remémorais pendant l’amour, dans les instants où ses traits extatiques d’une incroyable jeunesse fusionnaient avec une expression d’une extraordinaire intemporalité mêlée d’une intense sérénité.

Je perdis conscience par intermittence, pour fondre dans un demi-sommeil lumineux, habité par la présence inhabituelle de Sophie à mes côtés et par notre amour envoûtant. A chaque fois que j’ouvrais les yeux, je la contemplais, abandonnée et magnifique, fragile et troublante. Les bougies s’éteignirent une à une dans une mince volute de fumée. Les braises rougeoyantes craquaient dans le foyer. Je finis par m’endormir complètement, paisible.

Dans une aube gris perle, je m’éveillai en sursaut, le cœur battant. Sophie se tenait assise à côté de moi, presque immatérielle dans la semi-pénombre. Elle avait allumé un nouveau feu et j’apercevais son corps nu à travers la transparence du fin tissu blanc de sa longue robe de nuit. Elle me souriait. Sans un mot, elle me tendit un bol de porcelaine rouge sombre rempli d’un liquide clair et brûlant. Je le bus, savourant un mélange d’arômes inhabituels, réglisse, anis, menthe poivrée, cannelle. Elle me reprit le bol des mains lorsque j’eus fini, se pencha vers moi pour m’embrasser tout doucement et me força à me recoucher.

– Dors, mon tendre, le jour nouveau va bientôt naître…

– Je ne dormirai qu’avec toi… Viens !

– Je suis là… J’ai toujours été là… Tu le sais, non ?

– Oui…

– Tu sais aussi que notre amour est éternel…

– Oui… Je t’aime Sophie…

– Je t’aime Simon… Mon bien-aimé…

– Sophie…

L’espace d’une inspiration, je sentis sa main passer sur mon visage et le sommeil m’emporter très vite et très loin de la conscience.

 

J’ouvris les yeux. Le sang battait à mes tempes, j’avais froid, mon souffle se transformait en vapeur d’eau dans l’air glacé. J’étais seul dans la grande chambre. De la nuit passée il ne subsistait que quelques cendres froides éparpillées sur les briquettes noires de suie du foyer de la cheminée. Les bougeoirs et les chandeliers avaient disparu, ainsi que le tub, les voilages avaient été torsadés puis attachés pour être maintenus sagement contre les murs, mes vêtements soigneusement pliés attendaient sur une chaise, les autres meubles étaient recouverts de grandes toiles bises semblables à des linceuls, à part le lit, refait de frais, où je me trouvais toujours, seul, nu, grelottant. Je me précipitai sur mes habits raides de froid, transi et inquiet.

J’appelai.

– Sophie ? Sophie !… Sophie !!!

La maison ne me renvoya qu’un silence figé et sinistre.

En claquant des dents, d’un pas lent et lourd, je sortis de la pièce à peine éclairée par un jour maussade au travers des persiennes. Je sentis ma montre au fond d’une poche de ma veste et m’en emparai pour m’enquérir de l’heure. Elle marquait quatre heures. J’avais donc dormi presque toute la journée ! Quel était ce philtre qu’elle m’avait fait boire ? Pourquoi avait-elle rangé ainsi la chambre, sans même me laisser un mot ? Au fond de moi, j’essayais de conjurer une peur archaïque et envahissante, mais je savais que Sophie n’était pas simplement partie se promener.

Une quasi-obscurité régnait dans le couloir. J’avançais prudemment, une main effleurant le mur pour me guider. En passant devant la dernière porte, celle-ci s’entrouvrit sous ma légère poussée. Je m’apprêtais à la refermer, mais en me saisissant de la poignée, je poussai à fond au lieu de tirer vers moi et je pénétrai dans une très petite chambre occupée uniquement par un lit étroit à baldaquins aux rideaux tirés.

Je transpirais malgré le froid, d’une mauvaise sueur provenant d’une angoisse profonde et inexplicable. Le souffle court, je m’approchai du lit. Il manquait quelques lattes aux persiennes et je pouvais distinguer la trame dense des épaisses tentures grenat. J’en fis coulisser un pan d’un geste brusque et poussai un cri qui resta suspendu au-dessus de moi dans un écho pétrifié, pendant que mes yeux me transmettaient l’image de la vieille femme aux longs cheveux blancs qui reposait là, sans être le moins du monde troublée par mon intrusion bruyante.

Son visage sillonné d’un réseau de très fines rides sur des traits délicats et réguliers, ses bras et ses mains le long de son corps par-dessus un édredon écru, sa chevelure ondulée étalée sur les oreillers fleuris me mirent les larmes aux yeux.

Un rai de lumière apparut, barrant la pièce et emprisonnant de fines particules de poussières en suspension. Dehors, à l’horizon, la chair chagrine et boursouflée des nuages se déchirait pour laisser apparaître une longue balafre de ciel d’un turquoise très clair, bordée d’une mince frange pourpre et violine. Je restais immobile à contempler la dormeuse et les cieux menaçants, étreint par une sourde crainte. Du temps passa. La lumière se fit plus oblique, redonnant du terrain à l’ombre.

J’avançai alors une main tremblante pour toucher l’épaule recouverte de fin linge blanc de la vieille femme paisible. Je ne sentis aucune chaleur sous l’étoffe légère. Je me penchai vers elle, tout près, encore plus près. Aucun souffle ne gonflait sa poitrine ni ne dilatait ses aristocratiques narines.

J’hurlai. Longtemps. Les sons qui sortaient de ma gorge, primitifs, faisaient trembler toute mon ossature. Jamais je n’avais rien entendu de tel. J’hurlai malgré moi toutes les terreurs et toutes les peines du monde depuis la nuit des temps. Quand je cessai, je tombai à genoux, le visage enfoui dans les soyeux cheveux blancs de la femme ; leur odeur de foin frais et de confiture me crispèrent dans un spasme de douleur incontrôlable. J’enveloppai le corps sans vie de mes bras, sans vouloir encore me confronter tout à fait à ce que je pressentais. En passant ma main droite sous un coin d’oreiller, je sentis un objet dur entailler la peau de ma paume. Je m’en saisis.

C’était une petite clé de métal noir patiné. Laissant errer mon regard sur le lit, j’aperçus de l’autre côté des oreillers un petit coffre en bois roux, aux nombreuses éraflures, à moitié dissimulé par un pli de drap. Je l’attrapai, fébrile, et glissai la clé dans sa serrure ; il s’ouvrit facilement.

A l’intérieur, je trouvai une série de vieilles photographies sépia, aux bords dentelés, et des lettres à l’encre passée, entourées d’un ruban vert. Frissonnant, j’empêchai mes yeux et mes mains d’obéir à ma fièvre, puis, comme on sauterait dans le vide, je plongeai dans le contenu du coffre.

Sur toutes les photographies se tenait un couple de jeunes gens.

Elle portait de claires robes longues, des jupes lourdes et des corsages compliqués, des chapeaux sophistiqués et des ombrelles ouvragées.

Lui arborait de sérieux costumes sombres, un couvre-chef à la main, la jeune femme à son bras, et parfois une tenue rigide d’officier militaire.

Leurs sourires éclairaient l’austérité de leurs poses. Au dos des photographies, inscrits par différentes écritures, des noms, des dates, des petits commentaires : Mademoiselle Sophie de Lalande et Monsieur Simon Ambras de Saint-Sauveur, jardins du Luxembourg juin 1913 (première promenade officielle en amoureux !), plage de Trouville août 1913, hôtel de Saint-Sauveur janvier 1914 (nos fiançailles enfin !), Paris août 1914 (quel bel uniforme pour aller gagner la guerre !), la Marne septembre 1914 (petite visite surprise à mon soldat chéri…), Paris avril 1915 (la prochaine fois que nous nous verrons, la guerre sera terminée !)… La dernière datait de mars 1917. Sans commentaire.

La jeune femme était Sophie ; le jeune homme, moi.

Atterré, je constatai que les dates des lettres correspondaient à l’époque des clichés ; les feuillets, couverts de mon écriture, de mots que je n’avais jamais écrits, étaient jaunis et lissés comme si on les avait lus de nombreuses fois. Sur certains je remarquai des auréoles faites sans doute par d’anciennes larmes. 1913, 1914, 1915… Nous étions en l’an 2000 !

Au fond du coffret, je trouvai aussi deux actes de naissance aux pliures fragiles. Le premier au nom de Sophie Alexandrine Mélanie de Lalande, née le 21 septembre 1896 à Versailles, le second au nom de Simon Victor Eudes Ambras de Saint-Sauveur, né le 21 septembre 1886, à Saint Germain en Laye, décédé le 16 avril 1917 sur le Chemin des Dames.

Donc, la magnifique jeune femme au corps de vingt ans que j’avais aimée toute la nuit venait de mourir à l’âge de cent trois ans, le jeune homme, en uniforme d’une guerre lointaine qui portait mon prénom et mon visage, s’était fait assassiner quatre-vingt-trois ans plus tôt et j’étais dingue.

Je sombrai dans le noir.

 

Après quelques mois d’absence totale, passés prostré sur un lit d’hôpital psychiatrique après qu’on m’eut découvert à moitié mort de faim et de froid aux côtés de la défunte Comtesse Sophie de Lalande, je me mis sur les traces du passé de mon improbable bien-aimée.

J’amassai tout ce qui pouvait la concerner de près ou de loin, témoignages ou ragots, récits, biographies, articles pillés dans les archives de journaux et de magazines, affaires lui ayant appartenu.

J’achetai le manoir beauceron aux enchères, car elle n’avait plus aucun ascendant ou descendant en vie ; je m’y installai, j’y habite toujours.

Je me rapprochai d’elle le plus possible sans toutefois parvenir à expliquer l’inexplicable. Parfois, la seule solution est de me dire que je suis réellement fou.

Je n’ai jamais raconté cette histoire à personne. Aux médecins et aux policiers qui m’ont interrogé sur ma présence chez Sophie le jour de sa mort, j’ai opposé l’amnésie. Comme il fut prouvé qu’elle était morte naturellement, ils ont fini par me ficher la paix. Qui m’aurait cru de toute façon ?

Désormais je vis seul, en reclus. Après avoir acheté le manoir, j’ai retrouvé ses journaux de jeune fille. Cette demeure était le cadeau de fiançailles de Simon. Elle ne l’avait jamais habitée.

Ils étaient très amoureux l’un de l’autre depuis que Sophie avait quinze ans. Elle avait attendu Simon impatiemment pendant trois ans de guerre absurde, en priant pour que celle-ci cesse au plus vite, en rêvant à leur mariage, à la vie qui serait la leur ensuite. En vain.

A la mort de son fiancé elle avait disparu complètement du monde aristocratique où elle avait vécu, pour se réfugier dans une modeste maison que j’ai rachetée aussi, située non loin du manoir. Là, elle arrêta d’écrire son journal.

J’ignore de quoi fut faite sa vie ensuite. Au village, les gens la considéraient comme une marginale un peu toquée, mais gentille et généreuse, et ils finirent par l’accepter parmi eux. Elle avait ses habitudes chez les commerçants et notamment au petit café glauque où nous nous étions trouvés. J’y retournai une fois. La serveuse fut heureuse de me servir ses bavardages en même temps qu’un whisky.

– Je vous reconnais ! C’est vous l’héritier de Madame Sophie ?

– Non. J’ai acheté le domaine.

– Ha ? Pourtant… Vous étiez présent quand elle est morte ?

– Oui, mais ça n’a rien à voir…

– Ha ? Vous savez, elle n’était pas bien causante… Mais je l’aimais bien, elle était très aimable… Elle me manque. Elle venait s’asseoir là, depuis vingt ans que je travaille ici, et même avant mon arrivée, toujours à la même table, comme si elle avait rendez-vous, tous les après-midi sans exception entre quatre et six, avec un livre, et elle buvait quelques tasses de chocolat. Elle levait la tête à chaque fois que quelqu’un entrait, mais personne ne s’est jamais assis en face d’elle. Quelques hommes ont bien essayé de l’approcher autrefois… Elle était jeune et très belle lorsqu’elle est arrivée au village… On la disait riche aussi… D’ailleurs je n’ai jamais compris pourquoi elle vivait si modestement en dehors de son château ! Elle y faisait un tour tous les dimanches matins avant la messe de dix heures… Enfin ! Elle avait sûrement ses raisons ! Il y en a qui ont dit qu’elle avait des pouvoirs, d’autres qu’elle était une princesse en exil… Vous savez, dans les villages, on s’occupe un peu de la vie des autres… Certains se moquaient un peu d’elle, surtout les hommes qu’elle avait éconduits… Mais rien de méchant. Quand même, je me demande encore pourquoi elle passait toutes ses fins d’après-midi ici ! Ce n’est pas vraiment un endroit pour les dames comme elle ! Vous ne croyez pas ?

– Je ne sais pas…

Je ne remis jamais les pieds dans l’établissement. D’ailleurs, lorsque j’eus accumulé tout ce à quoi je pouvais prétendre concernant Sophie, je ne sortis pour ainsi dire plus de ma nouvelle résidence. Je déléguai la gérance de mes affaires à mes anciens amis qui me crurent dément et je continuai à vivre sur les revenus de mes parts dans notre société. La seule fois où je leur parlais de Sophie en leur demandant s’ils se souvenaient d’elle dans le fameux bar, ils me répondirent qu’ils n’avaient vu qu’une vieille dame et qu’ils s’étaient d’ailleurs étonnés que je sorte derrière elle avec l’intention visible de la suivre…

Pour le reste, je me fis livrer tout ce dont j’avais besoin pour vivre. J’ai existé ainsi jusqu’à aujourd’hui. Nous sommes en 2015.

Je passe mon temps à penser à Sophie, à arpenter le manoir et son parc, à m’imprégner de leur ambiance et de leurs odeurs, à consulter mes documents. J’ai fait une dernière découverte cet hiver, ce qui a sans doute motivé ce récit écrit, afin qu’il reste une ultime trace de nous…

Si Sophie fut la dernière survivante de sa lignée, il en est autrement des Ambras de Saint-Sauveur. Simon avait une sœur, Lucile, mariée à un roturier de la haute bourgeoisie. Lucile a eu deux enfants tardifs, un garçon, Simon, mort-né, en 1920, et une fille, Marie, née en 1921. Marie, mariée à son tour, donna le jour à un garçon, Simon, en 1943, décédé en bas âge, et à une fille, Armande, née en 1945. Armande est ma mère. Simon Victor Eudes Ambras de Saint-Sauveur était mon arrière-grand-oncle. Il a fallu que ma grand-mère maternelle, Marie, meure, pour que les vieux papiers de la famille me soient transmis, en l’absence de ma mère partie dans un long voyage afin d’adoucir son deuil.

Les deux petits garçons morts prénommés Simon ont vu le jour un 10 avril et un 4 mai. Je suis le troisième Simon à succéder à notre ancêtre commun ; comme lui, je suis né un 21 septembre. Comme lui, Sophie est morte un 16 avril.

Voilà. Simon est revenu vers Sophie à travers moi, la délivrant de sa longue attente. J’aurais voulu partir avec elle. Je subis cette malédiction sans en trouver le sens. Je ne comprends pas pourquoi je suis encore là. Suis-je une sorte de réincarnation de mon aïeul ? Est-ce à mon tour d’attendre la réincarnation éventuelle de Sophie ? Je ne pensais pas me poser ce genre de questions complètement dingues un jour ! La mort aurait dû nous emporter tous les deux pour conjurer le sort, un point c’est tout.

Ou bien… Suis-je resté dans l’unique but de découvrir toutes ces choses étranges et de les transcrire ? Qui cela intéressera-t-il ? Qui y croira ?

J’ai 49 ans. Quinze ans ont passé, longs, si longs !

Que vais-je faire du reste de ma vie ?

Sophie… Reviendras-tu ?

Si oui, ne me laisse pas trop longtemps encore, je t’en prie !

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Vingt-septième jour

Vingt-septième jour – Marseille – Dimanche 12 avril 2020 – 19h

Salut.

Joyeuses Pâques bizarres.

J’aurais dû être à Paris avec les miens aujourd’hui pour fêter ça, on aurait été chercher les oeufs dans le jardin.

A la place, j’ai regardé quelques photos qui me font du bien, des privées qui restent privées, et celles-ci, qui concernent un domaine auquel ma vie s’abreuve depuis que je suis petite, les chevaux… En attendant de pouvoir retourner galoper à fond de train un de ces quatre.

A demain.

 

Dans le jardin de mon ancienne maison… Photo LYC

Chez moi dans une vie antérieure… Photo LYC

Idem – Photo LYC

Idem – Photo LYC

Idem – Photo LYC

Idem – Photo LYC

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Vingt-sixième jour

Vingt-sixième jour – Marseille – Samedi 11 avril 2020 – 17h05

 

Salut.

C’est samedi, jour de la nouvelle, écrite il y a bien des années et exhumée pour vous aujourd’hui, voir article précédent juste sous celui-ci. Bonne lecture…

A demain.

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LE DON (nouvelle)

Le don

 

 

Jadis, une fée complètement bourrée a dû se pencher au-dessus de mon innocent berceau. Elle m’a fait cadeau d’un don incongru. Personne ne s’est rendu compte de rien. Bourrée, mais discrète, la fée.

C’est par moi-même que j’ai réalisé la chose, il y a très peu de temps. Comment ?

En prenant un vaste recul par rapport à l’étendue de ma vie, trente-cinq ans, et surtout, en constatant les résultats répétitifs, cycliques, de mes échecs. Toujours le même schéma, pour les mêmes écueils et les mêmes dégringolades, en particulier dans ma vie sentimentale, mais pas que.

Exemple (domaine affectif) : certains des hommes que je rencontre deviennent importants, c’est-à-dire ceux qui me charment et me transportent au royaume de mes rêves, de mes envies. Pas ceux qui se comportent comme des baltringues dès le début, évidemment. Quelques mois passent. Je tombe parfois amoureuse. Il finit par y avoir du projet dans l’air quand tout semble pouvoir se partager, idées, familles, amis, aspirations. La vie frétille, le cœur est au zénith, le corps exulte.

C’est à partir de ce moment précis que tout commence à se casser la gueule. Ouais.

L’élu chute, car du jour au lendemain, littéralement, il ne me charme plus, ne me transporte plus nulle part et s’ingénie à transformer mon quotidien en enfer sans aucune raison apparemment valable, importante.

Moi, je ne change pas. Je m’interroge. Je souffre. Comme j’aime, je pardonne. Quelques accalmies viennent prolonger l’échange. Mais l’abîme revient se creuser de plus belle. J’ai toujours peine à abandonner ceux que j’aime, même si je souffre, même si je me sens injustement traitée. Quand j’aime, c’est du costaud. Ca résiste aux grands tourments, longtemps. Deux, trois, voire dix, douze, quinze ans.

Hélas, humaine je suis, humaine je flanche un beau matin ou un vilain soir. Vidée, épuisée, mue par un dernier sursaut de survie, je m’enfuis, je me révolte, je jette l’ex-élu désormais déchu. Solitaire et triste, un jour vient où un autre homme me charme et me transporte et…

Je ne comprenais pas l’alchimie qui transformait ces hommes du tout idéal au pire. Je me suis posée des questions énormes, sur eux et avant tout sur moi. Ca m’a permis de découvrir des choses importantes, nécessaires à mon évolution. Un bon point. Mais ça n’a pas résolu le mystère de mes hommes. Existait-il un profil psychologique, du style Jekill et Hyde, dont je n’avais jamais entendu parler et qui se généralisait depuis que je m’intéressais aux hommes ? Pas du tout.

Il s’agit du don de la fée bourrée, celle qui se trompe, qui inverse les formules magiques. Celle qui m’a fait cadeau de la disposition qui transforme les princes charmants en batraciens repoussants et cruels. Non, non, ce n’est pas un mauvais délire, c’est la vérité, la seule explication plausible et logique. Bitch. Si je la rencontre en personne un jour, je lui ferai passer le goût des alcools forts à celle-là…

Comment ça, vous ne croyez pas aux fées ? Vous avez tort. Méfiez-vous d’elles : elles suivent la même voie que le monde dans lequel nous vivons, se pervertissent et manquent à beaucoup de leurs devoirs. Regardez votre vie. Est-ce que tout va bien ? Vous ne vous dites jamais que certaines choses vous dépassent ou sont plus fortes que vous ? A votre avis, c’est dû à quoi ? Vous appelez ça le destin ? Non, ne vous voilez plus la face. Une saloperie de fée biturée jusqu’aux yeux est certainement passée au-dessus de votre premier âge, au moment où, tendre, innocent et impuissant, vous ne pouviez même pas vous défendre, et voilà.

J’y crois aux fées, moi.

 

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Vingt-cinquième jour

Vingt-cinquième jour – Marseille – Vendredi 10 avril 2020 – 17h05

 

Salut.

J’ai refait grève de blog hier. Terminé de travailler trop tard et plus assez de courage pour venir jusqu’ici.

En même temps, les jours passent, et à part se rendre compte que les gouvernants et leurs suppôts insultent de plus en plus nos intelligences en nous assénant de grandes phrases pour masquer leur dangerosité et leur incapacité à prendre des mesures efficaces pour tout le monde, il ne reste plus qu’à attendre ce déconfinement, dont on parle déjà tant et pas à bon escient et qui sera aussi chaotique que le confinement, pour descendre dans la rue et (boire l’apéro d’abord, quoiqu’on nous dise…) proclamer toute notre indignation.

Sinon, les oiseaux chantent, les rorquals se baladant dans la rade de Marseille (qu’ils en profitent bien surtout), l’air embaume le jasmin, j’ai terminé les dessins de mon premier livre pour enfant, il faut maintenant que je mette tout au propre, texte et illustrations, pour envoyer ça en édition quand il y aura à nouveau des éditeurs au boulot. Ca me laisse un peu de temps. Haha. J’ai aussi terminé la troisième grosse correction de mon dernier roman, et je vais donc attaquer la quatrième. (Je sais, j’ai toujours été bonne en numération.) Voilà au moins deux choses qui me réjouissent et me donnent envie d’avancer encore un peu dans ce monde en déroute. Poil aux croûtes. (Je sais, des fois je suis parfaitement débile.)

Et vous, vous faites quoi ? Aller, répondez quoi, je vous trouve bien avare de commentaire ! 😉 D’accord, j’en reçois sur mon téléphone par sms, mais il n’y a que moi qui en profite. Partagez…

C’est la fin de la semaine, donc demain, je vous affiche une de mes nouvelles et dimanche, ce sera des photos.

A demain.

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Vingt-troisième jour

Vingt-troisième jour – Marseille – Mercredi 8 avril 2020 – 17h50

 

Salut.

 

Hier, j’ai fait grève de blog. J’avais déjà trop travaillé, correction de manuscrit jusqu’à 20h30, et plus envie d’écrire du coup. J’ai reposé mon cerveau en mangeant des coquillettes.

On se croirait en été depuis plusieurs jours, il fait vraiment très chaud. Glycines, jasmins, tamaris, arbres de Judée, rosiers, c’est la fête des fleurs. C’est aussi la fête des oiseaux et animaux en tout genre, libérés du joug partiel de l’activité humaine.

Je voudrais être l’un d’eux. Parce que pour nous, ce n’est toujours pas la fête. Entre ce confinement aberrant, et essentiel cependant tant que nous n’aurons pas d’autres solutions, et la chute de l’économie, entre les experts imbéciles qui peuplent nos médias et les responsables politiques inaptes et irrationnels, on ne peut pas dire qu’on avance beaucoup. Tout se dit, son contraire aussi, tout se conjecture, mais rien ne se passe, à part la mort qui fauche et qui fauche et qui fauche. Elle se gave la mort.

Qui nous vole nos vies ainsi ? Le virus pourrait-on répondre. Est-ce si sûr ?

Le virus est là, c’est incontestable. Mais après plus de trois semaines de confinement, regardons les résultats, et observons ceux qui ont eu une autre stratégie que la nôtre. C’est à la portée de tout le monde. Je ne me ferai pas le relais de ceux dont c’est le métier, les journalistes, il en reste d’excellents qui font le job, comme Médiapart par exemple. Ecoutons aussi le Professeur Raoult, sa logique, son calme, son savoir. Rien qu’avec ça, on obtient déjà un bon aperçu de comment on nous balade du haut de l’Elysée, comment on nous spolie, comment on nous ment, comment on nous fout dans une merde noire.

Alors oui, certains seront indemnisés en conséquence. Mais combien vont crever la bouche ouverte à côté ? Le sous-prolétariat dont l’état omet de parler, tous ces millions de gens qui ne survivent que de bricolage payé au noir et qui ont déjà du mal à s’en sortir en temps normal, ils vont devenir quoi ? Et qu’on ne vienne pas dire qu’ils n’ont qu’à faire comme tout le monde, c’est-à-dire trouver un travail normal pour être payer normalement. La précarité n’est pas un choix de vie pour la plupart. Qui ne préfèrerait pas parmi eux vivre avec un bon petit cdi même payé au smic ? Avec la couverture sociale qui va avec.

La misère grondait déjà avant tout ceci dans les classes moyennes les plus basses, qu’on ne peut plus tout à fait appeler classes moyennes tant elles ont été déclassées depuis les années 90 et la mondialisation à outrance, puis l’économie de l’Europe. Mais il y a une misère encore plus misérable, presque invisible, qui se tapit sous les prétentions de l’excellence française, dont on prône les vertus à Paris.

Cette misère-là va nous péter à la gueule dans pas longtemps.

Je suis triste de voir notre monde aussi mal barré. Parce que le déconfinement ne nous apportera pas qu’une libération et de la joie. Ca ne repartira pas comme avant. Si j’étais certaine d’un mieux, je me réjouirais. Je ne me réjouis pas.

Je demande pardon à ma fille de l’avoir fait naitre et de l’avoir condamnée à affronter la désolation qui règne désormais partout. Il y a 33 ans, je n’imaginais pas qu’on en arriverait là.

 

A demain.

 

 

 

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Vingt-et-unième jour

Vingt-et-unième jour – Marseille – Lundi 4 avril 2020 – 17h45

 

Salut !

Donc, puisque pas de masque, pas de test, pas de prévention, pas de volonté de protéger le peuple et la nation de la part de ceux qui ont le pouvoir (si ce n’est à retardement, donc trop tard), nous devons renoncer à nos vies telles qu’elles étaient sans savoir ce qu’elles deviendront « après », sans se rebeller, sans rien dire, dans la crainte et l’impuissance ?

D’accord, rares étaient les vies parfaites, mais là ? C’est pire que tout non ?

D’accord, le virus. Mais on connait des remèdes efficaces et expérimentés par les plus grands scientifiques du monde. Alors pourquoi ne sont-ils pas distribués dans TOUS les hôpitaux depuis le début ?

D’accord, je ne suis ni médecin, ni femme politique, mais j’ai un cerveau bien foutu, curieux, et je sais m’en servir pour chercher au bon endroit. Chacun peut en faire autant, pas besoin d’un QI de 150. Pour comprendre les rouages de notre société et voir qu’une fois de plus, les batailles d’ego et le business priment sur l’humain.

C’est proprement dégueulasse. Et la France n’est pas la seule à traiter ses citoyens comme des chiens galeux. Ca ne date hélas pas d’hier.

Qu’est-ce qu’on fait ? On reste assis là sur nos culs trop nourris à absorber les mensonges d’état relayés par certains journalistes qui n’ont que le buzz en tête ?

Ou on se lève pour changer ça ?

Rendez-vous aux urnes pour donner nos voix ni à droite ni à gauche, ce qui ne signifie plus rien, mais pour un(e) outsider qui aura le courage de nous dire sans nous endormir qu’il va relever ses manches avec nous, ou pour voter blanc si personne ne vient et descendre à nouveau dans la rue, sans gilet, sans couleur, tels que nous sommes tous, de toutes les origines, pour dire non non non. Savoir dire non est notre plus grand pouvoir. Servons-nous en avant qu’un virus encore plus mortel ou qu’une guerre déclenchée par un dément (quelques-uns dans le style gouvernent en ce moment-même) ne nous efface de la surface de cette planète.

Ou… Non, ne m’écoutez pas. Après tout, méritons-nous la perpétuation de notre espèce ? Ladite planète ne serait-elle pas plus paisible une fois libérée de notre assemblée corruptrice ?

A méditer.

Sinon ? Bah il fait super beau et les cons repeuplent les rues en geignant Rhooo nan hein, mais c’est trop difficile le confinement, j’ai besoin d’air moi, je tiens plus enfermé comme ça. Et bien respire-le tout ton soûl cet air, parce que ce sera peut-être le dernier.

Amen.

 

A demain.

 

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Vingtième jour

Vingtième jour – Marseille – Dimanche 5 mars 2020 – 19h10

 

Salut. C’est dimanche, donc c’est photos. (Pour les agrandir, cliquez dessus.)

Et une ode à mes chats qui sont de sacrés phénomènes…

Scarlett petite – photo LYC

Scarlett inspiratrice – photo LYC

Scarlett à donf – photo LYC

Magnifique profil – Photo LYC

Acrobate – Photo LYC

Scarlett et son prétendant – Photo LYC

Je suis le diable, le diable, personne n’en doit douter, il n’y a qu’à me voir d’ailleurs, regardez-moi si vous l’osez… (Colette) – Photo LYC

Les morfalous – Photo LYC

La reine des neiges – Photo LYC

Les feignasses – Photo LYC

La maison est bien gardée… Photo LYC

 

A demain.

 

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Dix-neuvième jour

Dix-neuvième jour – Marseille – samedi 4 avril 2020 – 18h40

Salut.

Dans la série la meuf qui n’a pas assez de ses doigts pour compter les jours, et bien, me voilà. Hier en jetant un coup d’oeil en arrière dans ce blog, j’ai remarqué qu’il y avait deux « treizième jour ». Ca en fait un de trop. Et personne ne m’a rien dit. Comme quoi, vous ne suivez pas trop non plus.

Je ne rectifie pas sinon ça va mettre le bazar dans l’ordre de mes articles, mais hop, je saute le 18ème d’un pas allègre et nous voici donc au 19ème (jour, pas siècle, quoique, vu cette méthode de confinement, on s’y croirait encore, sauf que ce n’est plus à cause du choléra) (ce n’est pas mieux pour autant hein).

Aujourd’hui, c’est le jour de la nouvelle, que je viens juste de vous déposer là, en dessous. Bonne lecture.

A demain.

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